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LA TRINITE VODUN : FA, LEGBA ET MINƆ-NAN

LA TRINITE VODUN : LEGBA-MINƆ-NAN-FA. Par NONGBEDJI GEDEGBE.

 Le monème Vodun, composé de Vo, désigne en langue Fɔn une cérémonie propitiatoire prescrite par le Fa, système de divination le plus répandu dans le Golfe du Bénin; le Dun (Du), nomme en Nago-Yoruba chacun des 256 signes divinatoires de ce même Fa. Par conséquent, la combinaison de et Dun aboutissant par déformation linguistique au mot "Vodun" renvoie à une action propitiatoire ou une pré-action qui oriente intégralement, selon ce qui va se produire. Fa révèle à travers ses Du ou Fadu. Par le biais de ceux-ci, le Fa détermine tout ce qui existe : les êtres, les techniques, les sciences, les Divinités[1]. On ne  peut parler de vodun à Aɡbomè, sans parler du Fa. Avec tous les travaux qui ont été réalisés sur cet art divinatoire, nous ne voudrions pas nous lancer dans une définition répétitive. Mais nous tenons à préciser que cet art divinatoire appelé encore géomancie a pénétré le « Danxomè » par Ifè au Nigéria. Une fois sur ce territoire il a été adopté et retouché. Ce qui amène les populations Fɔn du Bénin, d’Abomey principalement à faire la différence entre les deux techniques, c’est-à-dire le Fa pratiqué chez les Yoruba et celui pratiqué chez les Fɔn dans les termes suivants : « Anago Fa » (Fa du Nago-Yoruba) et « Fɔn Fa » (Fa du Fɔn). Ce qui est important à notifier, est que sans le Fa, le vodun n’aurait jamais connu une existence normative chez les Fɔn d’Aɡbomè. Le Fa, pour accomplir sa mission s’appuie sur deux éléments fondamentaux : la divinité « LEGBA » et la divinité « MINƆ-NAN » ou « NAN »

 « LEGBA » : SYMBOLE DE VIRILITE MASCULINE.

Il n'existe pas de vodun qui ait été aussi mal interprété que le lègba des Dahoméens. Connu chez les Yoruba sous le nom d'Eshu et d'Elegbara (ou tout simplement Elegba), il apparaît dans tous les collèges de vodun. Il est classé au premier rang de tout ce qui est Vodun d’où son nom « HUNJENUKƆN » ; ce qui signifie en Fɔngbé le premier des « HUN » (sang ou divinité) qui est une appellation du vodun. Cette position au sein du panthéon vodun lui permet de jouer le rôle de messager d’une divinité à l'autre. Quelle que soit la forme qu’il prend, il se fait distinguer par un phallus en permanente érection. Pour les Fɔn d’Aɡbomè, le « Lègba» est le symbole de la virilité masculine et de procréation. Il est aussi le protecteur du Fa et par extension le gardien du BOYIKƆ. « Car un homme qui ne bande pas n’en est pas un. Il est moins qu’une femme. On dit qu’il n’est pas vivant ». On distingue trois types de Lègba :

Fa  Lègba ou le Lègba de la maison. Ce Lègba est réalisé sans phallus et prend le nom de « Lègba dó kitidji »ce qui signifie littéralement « Lègba sur kiti ». Il s’agit d’un Lègba qui est fait d’un tumulus simple. Trois ans après son érection, le tumulus est flanqué d’un phallus en bois suivi d’un autre, tout petit, en fer ou en bois, qui est placé sous le premier. Ensuite, on immole un chevreau castré au Lègba. Ce n’est qu'après ce rituel qu’il devient le Lègba de plein pouvoir. Le Fa Lègba est aussi représenté sur des plateaux en terre cuite ou, aujourd’hui, en plastique, et sous des formes portatives pour ceux qui ne sont pas propriétaires de maison. On l’appelle encore le Lègba Agbannukwe.

Tó Lègba ou le Lègba de collectivité. Il en existe deux types : Tó Lègba, le Lègba d’une agglomération, d’un quartier ou d’un village ; il est le Fa lègba du chef de la localité. De la même manière, le Lègba  du roi est appelé Tó Lègba. Ce dernier est beaucoup plus puissant que les autres Lègba parce qu’il est érigé sur une ou plusieurs têtes humaines. C’est le cas par exemple du Tó Lègba du roi Agɔnglo (1789-1797), hundossou Lègba, érigé sur deux têtes humaines à GBEKON HOUEGBO et de celui de GUEZO (1818-1858), GBANTA  LEGBA (Lègba des trente têtes), érigé à ZADAKON, commune de Djidja.

 Hun Lègba ou le Lègba  du Vodun. Il est lié à chacune des six grandes familles du Vodun Fɔn et fait partie des Vodun transversaux. Ces six grandes familles sont : TOXWIO-AGASU, MAHU-LISA,  XEVIOSO, TOVODUN- NENSUXWE, YALODE, SAKPATA (TCHANGO en Yoruba).

« MINON NAN » ou « NAN » : LA REINE MERE.

De par sa prononciation en Fɔngbé, « minɔn » veut dire « notre mère » et « nan » est le nom générique commun par lequel on désigne toute femme chez les Fɔn. Cette divinité est vénérée dans une pièce de bois de forme un peu circulaire dont la surface est creusée de manière grosso modo, symbolisant le sexe féminin et qui est appelé « AKPAKPO » ou « minɔn nan-kpakpo ». Comme le « Lègba », cette pièce de bois est le symbole du sexe féminin qui engendre la maternité, donc la vie.

« Fa » : LE PRINCIPE DIVINATOIRE.

Parmi tous les Vodun, le Fa occupe une place à part. Il est l’esprit qui nous permet d’avoir une vision sur le monde de l’inconnu et du connu, constitue avec le « Lègba » et « minɔn nan » la trinité du panthéon Vodun. Il est important de préciser que chez les Fɔn d’Aɡbomè, le langage Vodun est lié directement à la sexualité. Contrairement aux religions révélées telles que le catholicisme, la trinité du panthéon vodun est représenté par « Fa » : esprit ; « Lègba » : homme potent et  « minɔn nan » : femme féconde. Le Fa  permet de déterminer à quelle entité Vodun on a à faire et quelle forme elle doit prendre. Selon Gabin DJIMASSE, la première forme d’identification des entités Vodun est le pot de terre en argile cuite. Pour les initiés, il suffit qu’ils voient le pot de terre en argile cuite et de par sa forme ils nous disent automatiquement à quelle entité ils ont à faire ; que les pots de terre soient disposés dans un temple ou non. Nous avons d’autres formes de représentations du Vodun tel que le bois sculpté appelé Bociɔ. Un Vodun peut également habiter une pierre ou un amas de pierres. Chez les Fɔn d’ Abomey, tout objet utilisé dans la pratique de la religion Vodun est considéré comme vodun. De la même manière, tout ce que les fidèles possèdent par le Vodun est considéré comme tel (accoutrements, parures, instruments de musique, etc.). La caractéristique commune du vodouisme et des religions abrahamiques est l'existence d'un langage entre le sacré et les humains. Certaines religions ont des "livres saints" où sont stockés des messages attribués à Dieu: ce mode de communication est à sens unique (on oublie les considérations théologiques) car il ne permet pas d'avoir un feed back de la part du divin.  Dans le vodouisme par contre, la communication est à double sens et reste l'œuvre des spécialistes formés pendant une durée minimale de 3 à 4 ans. Le Fa est le langage codé qui permet à un humain de communiquer avec le divin dans le vodouisme.

 

Par NONGBEDJI GEDEGBE, SOCIOLOGUE-ANTHROPOLOGUE, CHERCHEUR FONDAMENTALISTE/ SPECIALISTE DU VODUN.

 

[1] Cf David Coffi AZA.

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