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LE SPECTRE DU IFA: DE CAFLA A GEDEGBE

LE SPECTRE DU IFA : DE CAFLA A GEDEGBE

Le statut de GEDEGBE dans le royaume et l’histoire du DANXOME n’est plus à démontrer. Au-delà d’un simple serviteur, ce personnage historique reste et demeure la toile de fond du royaume de DANXOME. Nous osons dire sans risque de se tromper que le devin GEDEGBE était l’homme de main de DADA GLƐLƐ et le conseiller spirituel de DADA GBEHANZIN BO AYI JELE. Le texte ci-dessous inspiré du livre de Bernard Maupoil, montre la trajectoire de ce personnage historique, trajectoire qui reste fondée et ne ressemble pas à une légende.

« ADANDOZAN  prit, sur le trône du Danxomè  la succession d'Agonglo. Celui-ci, avant  de mourir, avait consulté Fa, qui désigna pour lui succéder GEZO (1818-1858). Ce dernier étant trop jeune, son frère aîné ADOUKONOU proposa  ADANDOZAN, qui devait s'en tenir au rôle provisoire de représentant du roi mineur. Mais ADANDOZAN prit goût au pouvoir et garda ses fonctions pendant vingt ans, malgré la majorité de GEZO. La tyrannie d’ADANDOZAN aggravée par la brutalité de ses fils, fut telle qu'on se demande comment le peuple put la supporter si longtemps . GEZO, cependant, prêchait le calme et retardait la révolution prête à éclater. Finalement, sentant venir l’heure des règlements de comptes, les fils d’ADANDOZAN mirent feu au palais. La population en profita pour destituer ADANDOZAN et mettre GEZO sur le trône.

GEDEGBE se rappelait encore, en 1936, les incidents soulevés par ces deux prétendants au trône : l'un qui n'y avait pas droit et refusait de le rendre, l'autre, désigné  par le Fa, par son père  Agonglo et par la voix du peuple, et refusait d'y monter pour que le sang; ne coulât  pas. Il avait environ dix ans, lorsqu'il assista à l'embrasement du palais d'Abomey. Il se souvenait aussi qu’ADANDOZAN lui  avait offert plusieurs fois des cauris, et lui avait conféré le surnom de LIKANTU.

Au temps d’AGAJA (1708-1732), disait GEDEGBE, les AYONU (YORUBA-NAGO) se battaient entre eux. Parmi les captifs de guerre vendus par eux à AGBOME, se trouvait une femme nommée IYA ABYONON, d’origine OYO ; qui devrait être ma mère. Elle fut ‘’achetée’’ sous le règne d’AGƆNGLO successeur d’AGADJA, et je naquis sous ce règne. Mon père, CAFLA, succède à mon grand-père paternel, KALENI (LOXOTO) sur le trône de TCHABE (pays Nago). AGƆNGLO (1789-1797), désireux de se procurer des femmes au pays TCHABE, envoya une razzia. Mais CAFLA, dont la famille fut capturée, se rendit spontanément à AGBOME et proposa au roi de s’y installer auprès de sa famille. DADA AGƆNGLO trouva son attitude courageuse, le prit en amitié, lui fit apporter son hamac et un tam-tam et CAFLA fit le tour du palais en hamac au son du tam-tam HUNGAN. Puis DADA AGƆNGLO lui donna des bœufs, un bouvier et deux femmes. CAFLA donna à l’une d'elles le nom de MƐNU, dont le symbolisme est : on ne se tire pas d’affaire en donnant une femme à quelqu’un, lorsqu’on l’a dépossédé de son trône, de toute sa famille et de ses biens : MƐNU TUTU WƐ NƆ SU MƐ.(On n’est heureux que d’un bonheur qui vous appartient). Il nomma l’autre SƆ (demain) dont le sens est à peine caché : tel vit aujourd’hui qui demain pleurera. AGƆNGLO lui demanda des explications sur ces noms et CAFLA les lui donna. Un chef captif de CAFLA, voyant le roi d’AGBOME se rembrunir, voulait intervenir dans le débat, mais CAFLA le frappa durement au visage avec son anneau de poignet. AGƆNGLO qui pensait le renvoyer dans son pays natal, OYO, décida de garder près de lui un homme aussi résolu. CAFLA resta donc auprès de son vainqueur, qui lui offrit une maison et tout le nécessaire et DADA GEZO prit pour femme sa fille IYA ZOYIDI, ma sœur consanguine, et c’est d’elle que naquit  le souverain DADA GLELE(1858-1889), qui était mon ainé »[1]. C’est donc de cette manière que le géniteur de BOKONON GEDEGBE, CAFLA, est venu sur le territoire de DANXOME. CAFLA influença à travers sa force et son courage, le souverain du DANXOME. Cet acte de bravoure  lui donna l’opportunité de rester sur ce territoire. Comment le Fils de CAFLA est devenu devin dans le royaume de DANXOME ? Il faut dire que GEDEGBE acquit ce statut de BOKONON à AGBOME où il naquit. Il apprit le IFA ORUNMILA comme d’autres apprennent à lire et à écrire, mais n’a jamais été élève d’un devin. GEDEGBE est resté dans une maison où dans son enfance, un de ses oncles maternels était le maître. Cet oncle était le grand VODUNON de LISA (AKPEKO). Ce dernier était un AYONU (YORUBA-NAGO) comme ses parents et excellait dans les connaissances. Parmi les captifs que le souverain du DANXOME ramenait de leur campagne contre les Nago, on épargnait les devins. Ces derniers sont sous la responsabilité d’AKPEKO. Les meilleurs d’entre eux restaient relativement libres de circuler après un examen professionnel chez le grand devin du palais. Sous le contrôle de ce dernier, on leur faisait boire l’eau de JEXOHENU[2]. Chaque  expédition en amenait de nouveaux. Les devins fréquentaient volontiers chez AKPEKO. GEDEGBE, de ces va-et-vient, acquiert le savoir du Ifa sans se déplacer, en les écoutant. Il reçut son IFA du bois sacré à AGBOME d’un devin qui mourut sous le règne du souverain GEZO. Il a commencé donc à faire des consultations pour autrui sous le même règne, quatre années avant la première expédition contre IGBA, à laquelle il ne participa pas. Toute la connaissance lui venait des entretiens avec les prisonniers de guerre (Bernard Maupoil). GEDEGBE allait consulter partout, notamment Allada, et Ouidah. Il épousa sa première femme sous le règne de GEZO.

Le premier fils de GLƐLƐ HALAZO vint voir un jour GEDEGBE dans son FAGBASSA portant un morceau de calebasse où était gravé un ‘’DU’’ (LOSO-TULA). Il demandait l’interprétation. Le signe disait que : "Celui qui voulait entreprendre un voyage, partira sous ce signe et s’expose à perdre son ami le plus intime et peut-être même un fils préféré". Du coup, HALÃZO demanda quel sacrifice éviterait ces malheurs et au devin GEDEGBE de répondre : « mais ce n’est pas pour toi que je consulte ! Va d’abord voir celui qui t’a envoyé ici et rapporte-lui mes propos ». HALÃZO partit sans revenir comme prévu pour rendre compte au devin GEDEGBE. Il rapporta par contre à son père tout ce que le devin GEDEGBE lui a confié. GLƐLƐ, désireux de vérifier son interprétation fit appelle à un de ses BOKONON, lui exposa qu’il a consulté un autre devin avant lui, et lui répéta les paroles de GEDEGBE. Le devin sentant le souverain GLƐLƐ désirant vivement partir en campagne et ne voulant pas le contrarier, lui dit : « la première interprétation est fausse. Si tu veux partir, pars ». Par conséquent, GLƐLƐ partit contre GBASO. Pendant la campagne, son ami ADANDEDJAN mourut à AGBOME. Quatre mois après le retour du souverain, HALÃZO mourait. La prophétie de GEDEGBE se réalisa. Ainsi, GLƐLƐ fut surpris d’avoir reçu la vérité d’un ‘’simple’’ devin de la ville, GEDEGBE. Il envoya donc le chercher, il devint son ami et lui faisait des interprétations de signes que GLƐLƐ lui faisait venir. Il fit part à GEDEGBE  de ses mésaventures notamment la mort de son ami intime ADANDEDJAN et son fils ainé puis annonça qu’il prenait GEDEGBE comme devin et qu’il resterait désormais près de lui dans son palais parmi une vingtaine de BOKONON. 

Le nom de GEDEGBE autrefois était TINOBU, un nom YORUBA-NAGO. On le donne à tous les enfants qui se présentent à la naissance coiffés de plumes rouges de perroquet : KEZE ZAN (Fɔn). C’est de GLƐLƐ que TINOBOU doit le nom GEDEGBE, qui est un nom honorifique. GEDEGBE est le nom que porte un des talismans du souverain  GLƐLƐ. Ce talisman, le souverain GLƐLƐ l’avait sur sa tête : CE BO DE BO-ME. GLƐLƐ faisait boire à GEDEGBE cette potion qui avait une double fonction : premièrement, affermir la confiance du souverain en lui et secundo, favoriser la longévité.  Personne d’autre ne porte ce nom au DANXOME même dans la famille royale. « GEDEGBE DE MA JO DE DO ; AYI MA JO HWEDO, A FƆN A MƆ MI ; NA JO DANXOME DO A.», « les feuilles GEDEGBE ne se détachent pas l’une de l’autre lorsqu’elles sont entrées en contact. La terre ne se détache pas du soleil, le soleil ne se détache pas de la terre ; tu te réveilles et tu me vois, moi, DANXOME : je ne me détacherais jamais du DANXOME. Tel est le nom du talisman de DANXOME.

 

 

 

Par NONGBEDJI GEDEGBE. SOCIOLOGUE-ANTHROPOLOGUE; CHERCHEUR FONDAMENTALISTE/ CONSULTANT CULTUREL.

 

 

      

 

[1] GEDEGBE cité par Muapoil Bernard dans l’ouvrage, L a géomancie à l’ancienne côte des esclaves, page 37

[2] Tous  ceux qui avaient bu de cette eau étaient liées au  DANXOME par un pacte d’alliance définitive et offensive qu’ils ne pouvaient rompre, à peine de mort.

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