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KPƆLI LORS DE LA CEREMONIE DU FAZUN : LE SERVITEUR DU FA. (Un texte inspiré de Claude SAVARY et de Bernard MAUPOIL)

KPƆLI LORS DE LA CEREMONIE DU FAZUN : LE SERVITEUR DU FA. (Un texte inspiré de Claude SAVARY et de Bernard MAUPOIL). Par NONGBEDJI GEDEGBE.

Connaître son Kpɔli est l’acte fondamental qui mène tout homme conscient vers la connaissance de soi. L’homme, on le sait, est l’une des rares espèces du règne animal qui aspire à sa propre connaissance. Le Dictionnaire Fɔn-Français, le définit comme : « Un sachet contenant principalement le sable sur lequel a été inscrit le signe qui dit le destin de la personne, d’un initié au Fa, dans la forêt sacrée »[1].Lorsqu'un individu ressent le besoin de connaître davantage sa destinée (ce qui lui permettra de mieux accorder sa vie avec elle), il s'adresse au BOKƆNƆ pour le rite du Fazun ou Fa-zun, forêt de Fa. Dans le Fazun, tous les êtres, même les plus vils, ont accès. Zun, est la grande forêt où s’enchevêtrent les lianes de la culture du palmier à huile préconisée et imposée par les rois du Danxomè[2]  : « mi na i Fazun mè », « on va aller dans la forêt du Fa ».  Ce rite reconstitue l'événement mythique au cours duquel l'antilope apprit le Fa à un chasseur. Seuls les hommes adultes peuvent accomplir le rite du Fazun et obtenir leur Fa complet. Les enfants et les femmes ne reçoivent quant à eux qu'un Fa provisoire (Favi, enfant du Fa). Le candidat que l'on appelle alors Favi (enfant du Fa) doit en premier lieu réunir les nombreux éléments réclamés pour cette cérémonie; ils comprennent en général :

  • 09 poulets,
  • 02 petites calebasses, lè kavu,  pour les noix,
  • 04 litres d'alcool de palme
  • 02 bouteilles d'alcool d'origine européenne,
  • 16 colas blanches et rouges,
  • 16 gousses de poivre atakun (Piment de guinée)
  • 04 mesures d'haricots ou de maïs,
  • Ignames,
  • Akassa,
  • L’huile de palme
  • Poivre gris, lɛnlɛnkun en Fɔngbe
  • 06 mètres d'étoffe blanche,
  • 04 nattes de fibre de palme,
  • 01 mesure de cauris
  • Une somme d'argent qui varie en fonction des exigences du BOKƆNƆ [3]

La cérémonie se déroule de préférence à la tombée de la nuit, généralement dans la concession du BOKƆNƆ, où un enclos fermé au moyen de nattes symbolise le bois sacré. Si le bois sacré n'est pas trop éloigné de l’habitation du devin initiateur, il est loisible d’édifier un Fazun à domicile. Le devin dispose des rameaux de palmier en forme d’abri cubique à proximité de sa chambre et de son Fagbassa, la chambre réservée aux consultations et aux cérémonies de Fa, en un lieu qui sera désormais interdit à ses femmes et à ses enfants. Il en était ainsi chez le devin GEDEGBE qui depuis la conquête coloniale, ne quittait plus sa résidence. L’édification du  Fazun artificiel est néanmoins l’exception[4]. Le Favi, après avoir accompli les sacrifices propitiatoires, reçoit du BOKƆNƆ  les noix consacrées et pratique lui-même la consultation, aidé par les assistants du devin. Ceux-ci recueillent la terre, où le Favi a tracé le signe trouvé, et l'enferment dans un petit sac d'étoffe blanche qui sera par la suite garni de cauris. Cet objet devient le Kpɔli, c'est-à-dire un symbole matériel de la vie du Favi. Seule la mort l'en séparera !  Il reçoit en même temps les noix de palme qui ont servi à la consultation et qui sont contenues dans les 2 petites calebasses. On lui remet parfois aussi d'autres instruments rituels comme les Zunzã ou la calebasse renfermant l'effigie du Legba (Legba  Agbanukwe). Toutefois, ce sont les noix de palme qui représentent le Fa de l'individu, car le Kpɔli  est considéré comme un serviteur de Fa. La cérémonie se termine par un repas pris en commun. Les individus possédant un Fa se doivent de lui offrir régulièrement des sacrifices pour que soit entretenue la relation établie lors du rite du Fazun, et de manière générale pour que le Fa accepte de conseiller ceux qui s'adressent à lui. Ces sacrifices sont appelées Fanuwiwa (réjouissances pour Fa). Certains doivent  accomplir les sacrifices de Fa chaque année, au cours  par exemple de l'offrande des prémices d'igname (Tedudu) et surtout le bain de Fa (Falilè). Cette cérémonie du bain annuel de Fa consiste à laver les noix de palme ayant servi au  Favi pour découvrir son signe, ceci afin que le Fa continue à le "protéger" par ses conseils. Les Dahoméens disent : « Fa nu xwe fa » ; « pour que Fa rafraîchisse la maison». Elle se déroule toujours au milieu de la nuit dans la concession du Favi ou du Fatɔnɔ (propriétaire du Fa). Plusieurs BOKƆNƆ y participent, au premier rang celui qui a remis le Fa dans le bois sacré et ses assistants, Fadigã, qui vont laver les noix. Ils utilisent pour le rite une grande marmite en terre cuite, le Fazã, dont le col est entouré d'une étoffe blanche et d'une ceinture azã faite de feuilles de bananier lacérées. Le Fatɔnɔ leur confie les calebasses contenant les noix, Fakpɔlie,  ainsi que son Kpɔli. Les noix sont d'abord frottées avec de la poudre de kaolin, puis essuyées dans un linge que l'on a humecté avec l'eau du Fazã. Elles seront ensuite rincées dans une autre poterie. L'eau qui a servi à cette première ablution est jetée hors de la maison. Ainsi disparaissent toutes les souillures volontaires ou non qui auraient été imposées au Fa. Les noix sont alors plongées à plusieurs reprises dans le Fazã et les Fadigã en font égoutter l'eau sur la tête du Fatɔnɔ agenouillé auprès du vase. Après avoir été longuement lavées et frottées, les noix sont reposées dans les petites calebasses. C'est au tour du Kpɔli d'être purifié au-dessus du vase, au moyen de la poudre de kaolin. On prend garde cependant de ne pas le mouiller. Les Fadigã le remettent à son propriétaire en le lui appliquant sur le front et sous les bras avant de le placer dans ses mains. La coutume veut que le Fatɔnɔ exécute à ce moment-là une danse tout en tenant son Kpɔli. Enfin, les Bokɔnɔn s'approchent du vase et, tenant leurs mains au-dessus de l'ouverture, invoquent le Fa et les vodun pour leur recommander la vie du Fatɔnɔ et celle des gens de sa maison. Par trois fois, on verse de l'eau du Fazã sur la tête de celui-ci, puis on lui confie le vase pour qu'il se lave avec l'eau consacrée au moins pendant sept jours. La ou les femmes du Fatɔnɔ  sont invitées à s'en laver aussi la poitrine et le ventre pour favoriser de nombreuses grossesses. Durant toute la cérémonie, les Bokɔnɔn et leurs assistants chantent les devises ou légendes de nombreux signes, aussi faut-il faire appel à plusieurs devins qui se relaient dans l'exécution de ces chants, Fahã. Le Fatɔnɔ  doit recevoir dignement ses hôtes en leur offrant de la boisson et des colas, ainsi que de l'argent qu'il distribue par petites sommes tout au long de la cérémonie.

Le Kpɔli est d’une valeur inestimable dans la vie d’un être. Ce signe secret, contient toute la destinée de l’homme et par extension, sa vie physique, psychique et spirituelle.

 

 

Par NONGBEDJI GEDEGBE, SOCIOLOGUE-ANTHROPOLOGUE, CHERCHEUR FONDAMENTALISTE/SPECIALISTE DU VODUN

 

[1] B. SEGUROLA  et J. RASSINOUX , Dictionnaire Fon-Français,  SMA

[2] Bernard Maupoil, La géomancie à l’ancienne côte des esclaves

[3] Tout ceci est donné à titre indicatif, car les exigences varient selon les BOKƆNƆ

 

[4] Bernard Maupoil, La géomancie à l’ancienne côte des esclaves

 

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