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LA CONSULTATION DU IFA, LE FAKIKÃ

LA CONSULTATION DU IFA (FAKIKÃ) : UN COMMERCE AVEC LE  MONDE DIVIN. Par NONGBEDJI GEDEGBE.

 Le mot divination  s'exprime en Fongbe par l'expression  Fakikã, qui désigne la manipulation des noix consacrées. Consulter se dit Kãfa. Le verbe Kan signifie littéralement écarter; il évoque le geste de la volaille qui écarte, disperse la poussière pour découvrir quelque aliment  (A. LE HERISSE). Le consultant reçoit le nom de me e wa nu kan  gbe et parfois de Nukãto. Du coup, celui qui va faire une consultation (Fakikã), est à la recherche de l’essence des  choses ; la connaissance d’un certain nombre de « codes divins » à travers un guide que nous appelons BOKƆNƆ, devin.

Plusieurs procédés sont utilisés pour faire la consultation du Fa dans le DANXOME. Nous avons entre autre : la consultation au moyen des noix de palme (Fagbo ou grand Fa), la consultation au  moyen de l'Agumaga. C'est le commerce avec le monde des ancêtres, un monde cosmopolite.

  • AU MOYEN DES NOIX DE PALME (FAGBO OU GRAND FA)

C'est le procédé le plus solennel. Il se pratique en général chez le BOKƆNƆ, dans la salle de réception dite Fagbassa. Après les salutations d'usage, le devin accomplit un rite de purification en aspergeant l'endroit avec une décoction de feuilles (Sifîfama) et en s'en lavant les mains. Il invite les participants à se purifier en faisant de même. Ensuite, il s'assied sur une natte où il dispose en face de lui les divers  instruments servant à la divination. Il répand un peu d'eau au pied des ASƐN et un peu d'alcool par terre pour le Legba. Il réclame en même temps une obole pour la présentation du matériel (sacrifice propitiatoire). La consultation peut alors commencer. Le BOKƆNƆ demande au consultant la raison de sa visite. Ce dernier n'est pas tenu de tout dire, mais il doit orienter suffisamment le devin pour que la consultation ait un sens. Le devin saisit les noix Fakwï, à tour de rôle la main mâle et la main femelle, en récitant une longue litanie à l'adresse du Fa et des anciens BOKƆNƆ, ainsi qu'aux  vodun et aux rois. Puis, il fait passer d'une main à l'autre le tas de 19 ou 17 noix et marque sur le plateau un trait pour deux noix restées ou deux traits pour une seule, en commençant à droite et de haut en bas. S'il trouve plus de deux noix ou si l'une d'entre elles tombe sur la natte, le coup est à recommencer. Il arrive ainsi à inscrire deux groupes de quatre traits simples ou doubles, qui déterminent le signe trouvé, en général un signe composé (le signe est simple lorsque les deux groupes d'indices sont identiques). Après avoir nommé le signe, le BOKƆNƆ récite immédiatement les louanges ou les devises qui le concernent, éventuellement une légende plus longue. C'est à partir de ces formules qu'il découvre au consultant la ou les raisons de sa situation et le conseille pour l'améliorer, notamment par des sacrifices.

 

 

AU MOYEN DE l'AGUMAGA

Ce procédé est l'un des plus fréquemment employés. Le consultant doit d'abord révéler à une petite graine (AJIKWÏ) l'objet de sa demande. Le devin place ensuite la graine à droite et un cauris à gauche. Puis, saisissant le chapelet AGUMAGA et dit les prières suivantes en langue Yoruba :

Inspire-moi, mon devin du Fa,

Inspire-moi,  Mon Jugbana

Et toi qui battis l'aligle,

Et toi qui dis la vérité

Et toi, Alaba, qui réside au mystérieux Ifɛ

Inspire-moi, mon père,

Inspire-moi, ma mère

Inspirez-moi, mes ancêtres,

Et vous tous que je n'ai pas nommés, je vous invoque aussi et ne vous oublie point !

Variante :                             

Inspire-moi, Luwo

Inspire-moi, mon assistant,

Et toi qui m'as appris Fa,

Toi qui fais les Fatɛ, les lɛka, les chapelets,

Vous qui êtes plus savants que moi,

Venez-tous à mon aide !

Alaba, qui réside au mystérieux  IfƐ,

Devins qui sont à droite, devins qui sont à gauche,

Devins qui sont au sud, devins qui sont au nord, Venez-tous à mon aide ![1]

 

Au milieu de la main droite, tandis que la main gauche en retient les deux extrémités, il le balance et le fait choir à terre à côté d'un ajikwi (à droite de celle-ci). En examinant la position des demi-noyaux (face externe = deux traits, face interne = un seul), il décrit le signe trouvé. Il procède de même pour le cauris. Si le premier signe est supérieur (vient avant le second dans l'ordre général des signes), la réponse est affirmative (Fa accepte, dit-on).

Dans le cas contraire, elle est négative et le devin cherchera par élimination la raison du refus. L’AGUMAGA projeté par les Yorouba-Nago présente au devin l'ouverture de branche, le devin GEDEGBE. Les Danxonéens le lancent à l'inverse. Le côté mâle,  reconnaissable à son pendentif spécial, tombe à droite du devin dans les deux cas. Le signe se lit de gauche  à droite : à chaque face dorsale des demi-noyaux correspondent deux traits, à chaque face ventrale un seul.

Il existe d’autres procédés de consultation, notamment :

  • SIKIKA" ou consultation par l'eau (encore très pratiquée). Le devin  regarde fixement dans une calebasse contenant une décoction de feuilles. Il se frotte les yeux avec ce liquide et "voit" à la surface se former des figures qu'il interprète.
  • KPODOO ou consultation par le regard (plutôt rare). Le devin plonge son regard dans celui de son client. Il l'hypnotise en quelque sorte et peut ainsi découvrir les raisons profondes de sa situation.
  • ZËKIKÃ ou consultation par la jarre (rare). Elle est pratiquée dans les temples de vodun. Le médium, c'est-à-dire le prêtre, doit être ventriloque ou se fait aider par un assistant. Après avoir accompli un rite propitiatoire, on peut entendre la voix du vodun à travers une jarre renversée sur l'autel.
  • AKWEKIKÃ ou consultation par les cauris (procédé apparemment ancien mais qui est rattaché à Ifa). Le devin saisit une poignée de cauris et les compte quatre par quatre, déterminant ainsi des signes de Fa. Il peut également procéder comme dans le cas des noix de palme.
  • VIKIKA ou consultation par les noix de cola. Très courant, ce procédé est employé dans la plupart des sacrifices pour connaître la volonté des vodun. Il consiste à jeter les quatre cotylédons d'une noix de cola rouge et à interpréter ensuite leur position en fonction des signes de Fa[2]

Tous ces procédés ne permettent en fait qu'une seule réponse à la question posée (affirmation ou négation) et ne s'utilisent que pour des cas très précis. Par contre, la divination au moyen des signes d’Ifa fournit des réponses plus nuancées car l'interprétation y est plus grande et tient compte davantage de la personnalité de celui qui consulte[3].

 

 

Par NONGBEDJI GEDEGBE, SOCIOLOGUE-ANTHROPOLOGUE, CHERCHEUR FONDAMENTALISTE/ SPECIALISTE DU VOUDUN

 

[1] Bernard Maupoil, La géomancie à l’ancienne côte des esclaves, p235-236

[2] Claude SAVARY, La pensée sympbolique des Fon du Dahomey, p219

 

[3] Opcit, 219

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